Troubles musculosquelettiques dans les mines : Le Dr Gilbert Bama plaide pour une prévention ciblée pour mieux protéger les travailleurs au Burkina
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Les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent aujourd’hui la première cause de handicap dans le monde et figurent parmi les maladies professionnelles les plus répandues. Dans le secteur minier, où les contraintes physiques sont particulièrement importantes, leur prévention constitue un enjeu majeur de santé, de sécurité et de performance. À l’occasion d’une communication consacrée à la cartographie des TMS dans le secteur minier au Burkina Faso, le médecin du travail, biotoxicologue industriel et expert senior en santé et environnement, Dr Gilbert Bama, a présenté les résultats d’une étude menée au sein d’IAMGOLD Essakane. Son analyse met en lumière les secteurs les plus exposés et propose une approche innovante fondée sur une cartographie des risques pour orienter efficacement les actions de prévention. C’était lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), organisé du 2 au 4 juillet 2026, à Ouagadougou.
Dès l’entame de son exposé, Dr Gilbert Bama définit les troubles musculosquelettiques (TMS) comme étant des affections qui touchent les muscles, les tendons, les ligaments, les cartilages, les nerfs ainsi que certaines structures vasculaires. Ces affections, dit-il, sont souvent perçues comme de simples douleurs liées à l’activité professionnelle. Elles résultent généralement d’une exposition prolongée à des efforts physiques intenses, à des gestes répétitifs, à des postures contraignantes ou encore aux vibrations générées par certains équipements de travail.
Le biotoxicologue industriel souligne que les TMS constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé au travail et un risque critique pour la performance industrielle. S’appuyant sur les données de l’OMS et du Global Burden of Disease, Dr Gilbert Bama indique que les TMS représentent à l’échelle mondiale une charge sanitaire considérable avec environ 1,71 milliard de cas, dont 619 millions de lombalgies, et des projections alarmantes atteignant 843 millions de cas à l’horizon 2050.
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Plus de 80% des maladies professionnelles sont des TMS
Ces troubles, ajoute-t-il, représentent plus de 80% des maladies professionnelles reconnues et constituent désormais la première cause de handicap dans le monde. Ils impactent ainsi directement la sécurité des travailleurs, la productivité des entreprises ainsi que les coûts économiques liés à l’absentéisme et à la prise en charge médicale. Ces données rappellent l’urgence d’une prévention renforcée et structurée de ces pathologies dans les environnements professionnels.
L’analyse présentée par le Dr Gilbert Bama met en évidence de fortes disparités dans la répartition des TMS selon les secteurs d’activité au sein de l’environnement minier. Les taux les plus élevés sont observés au niveau du laboratoire avec 55,36%, suivi des opérations minières où ils atteignent 50,22%, puis du secteur des projets avec 40,62%. Le secteur administratif apparaît nettement moins touché, avec un taux de 13,56%. Cette hétérogénéité des résultats souligne l’intérêt d’une évaluation sectorielle fine, considérée par l’expert senior en santé et environnement comme une approche pertinente. Cela, en vue d’orienter les priorités en matière de prévention, tout en permettant de cibler les investigations et de renforcer les audits ergonomiques là où les risques sont les plus élevés.
Au plan mondial, le secteur minier figure parmi les activités les plus exposées à ces risques. Selon les données présentées par le spécialiste, la prévalence mondiale des TMS dans les activités minières oscille entre 55% et 75%. Un niveau particulièrement élevé en raison des nombreuses contraintes physiques auxquelles sont soumis les travailleurs, à savoir les manutentions répétitives, les postures prolongées, les vibrations des engins, les efforts musculaires soutenus et les conditions de travail souvent exigeantes.
Les affections les plus fréquentes : les lombalgies
La situation observée au Burkina Faso confirme cette tendance internationale. En s’appuyant sur plusieurs études nationales et internationales, le Dr Gilbert Bama montre que les travailleurs du secteur minier présentent l’une des prévalences les plus élevées de troubles musculosquelettiques parmi les principales branches d’activité du pays. Des recherches antérieures réalisées auprès des mineurs révèlent notamment une prévalence globale atteignant 90,86%, tandis que les lombalgies apparaissent comme les affections les plus fréquentes.
Ils constituent désormais un véritable enjeu de santé publique et de performance industrielle. La douleur chronique, les limitations fonctionnelles et les inaptitudes professionnelles qui peuvent en découler affectent non seulement la qualité de vie des travailleurs, mais également la continuité des activités de production.
Des recommandations à court, moyen et long terme
Au regard des résultats de l’étude, le Dr Gilbert Bama préconise une série d’actions à mettre en œuvre à court terme afin de réduire rapidement les risques de troubles musculosquelettiques au sein des industries minières. Ces mesures reposent avant tout sur la sensibilisation et la formation des travailleurs aux gestes et postures sécuritaires, notamment pour les opérations de levage, les stations debout prolongées et l’utilisation des appuis. Elles s’accompagnent de campagnes internes de prévention, ainsi que d’aménagements ergonomiques immédiats comme l’installation de tapis antifatigue dans les laboratoires, la mise à disposition de sièges réglables et la fourniture d’équipements de protection adaptés, comme des chaussures spécifiques, des supports lombaires ou des genouillères. Le spécialiste recommande également l’instauration d’exercices d’échauffement musculaire avant la prise de poste, afin de préparer les travailleurs aux contraintes physiques de leurs activités.
À moyen et long terme, le médecin du travail plaide pour une démarche de prévention durable fondée sur une meilleure organisation du travail, l’amélioration continue des équipements et un suivi ergonomique régulier des postes. Il préconise notamment la rotation des tâches, l’alternance des positions de travail, le renforcement de l’ergonomie des engins miniers ainsi que la réalisation d’audits ergonomiques périodiques. Cette stratégie doit, selon lui, s’inscrire dans la politique globale de santé et sécurité des entreprises, en associant étroitement les travailleurs à la conception des solutions.
Le développement d’innovations technologiques, telles que les exosquelettes de manutention ou les capteurs de posture, ainsi que la collaboration avec les instituts de recherche en ergonomie viennent compléter cette vision. En conclusion, le Dr Gilbert Bama souligne que l’identification du type de TMS dominant constitue un levier essentiel pour orienter les actions préventives, qui gagneraient à être davantage ciblées par secteur d’activité afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque environnement de travail.
C’est précisément pour mieux comprendre cette réalité et orienter les actions de prévention que le médecin du travail a conduit une étude de cartographie des troubles musculosquelettiques au sein d’IAMGOLD Essakane. L’ambition est d’identifier avec précision les secteurs les plus exposés, d’analyser les facteurs de risque propres à chaque activité et de fournir aux décideurs des outils d’aide à la décision afin de mettre en œuvre des mesures préventives adaptées aux réalités du terrain.
Hamed Nanéma
Lefaso.net





« Le port des équipements de protection individuelle réglementaire est déjà un défi au quotidien dans notre pays », Aïssata Sanogo, consultante en qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE)










