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Troubles musculosquelettiques dans les mines : Le Dr Gilbert Bama plaide pour une prévention ciblée pour mieux protéger les travailleurs au Burkina

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9 juillet 2026
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Les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent aujourd’hui la première cause de handicap dans le monde et figurent parmi les maladies professionnelles les plus répandues. Dans le secteur minier, où les contraintes physiques sont particulièrement importantes, leur prévention constitue un enjeu majeur de santé, de sécurité et de performance. À l’occasion d’une communication consacrée à la cartographie des TMS dans le secteur minier au Burkina Faso, le médecin du travail, biotoxicologue industriel et expert senior en santé et environnement, Dr Gilbert Bama, a présenté les résultats d’une étude menée au sein d’IAMGOLD Essakane. Son analyse met en lumière les secteurs les plus exposés et propose une approche innovante fondée sur une cartographie des risques pour orienter efficacement les actions de prévention. C’était lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), organisé du 2 au 4 juillet 2026, à Ouagadougou.

Dès l’entame de son exposé, Dr Gilbert Bama définit les troubles musculosquelettiques (TMS) comme étant des affections qui touchent les muscles, les tendons, les ligaments, les cartilages, les nerfs ainsi que certaines structures vasculaires. Ces affections, dit-il, sont souvent perçues comme de simples douleurs liées à l’activité professionnelle. Elles résultent généralement d’une exposition prolongée à des efforts physiques intenses, à des gestes répétitifs, à des postures contraignantes ou encore aux vibrations générées par certains équipements de travail.

Le biotoxicologue industriel souligne que les TMS constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé au travail et un risque critique pour la performance industrielle. S’appuyant sur les données de l’OMS et du Global Burden of Disease, Dr Gilbert Bama indique que les TMS représentent à l’échelle mondiale une charge sanitaire considérable avec environ 1,71 milliard de cas, dont 619 millions de lombalgies, et des projections alarmantes atteignant 843 millions de cas à l’horizon 2050.

Lire aussi : Santé et sécurité au travail : Le premier Forum africain s’achève sur une note de satisfaction à Ouagadougou

Plus de 80% des maladies professionnelles sont des TMS

Ces troubles, ajoute-t-il, représentent plus de 80% des maladies professionnelles reconnues et constituent désormais la première cause de handicap dans le monde. Ils impactent ainsi directement la sécurité des travailleurs, la productivité des entreprises ainsi que les coûts économiques liés à l’absentéisme et à la prise en charge médicale. Ces données rappellent l’urgence d’une prévention renforcée et structurée de ces pathologies dans les environnements professionnels.

Dr Sounkalo Djibo, ergonome-psychologue, CEO de Sahelors Consulting, a modéré la communication

L’analyse présentée par le Dr Gilbert Bama met en évidence de fortes disparités dans la répartition des TMS selon les secteurs d’activité au sein de l’environnement minier. Les taux les plus élevés sont observés au niveau du laboratoire avec 55,36%, suivi des opérations minières où ils atteignent 50,22%, puis du secteur des projets avec 40,62%. Le secteur administratif apparaît nettement moins touché, avec un taux de 13,56%. Cette hétérogénéité des résultats souligne l’intérêt d’une évaluation sectorielle fine, considérée par l’expert senior en santé et environnement comme une approche pertinente. Cela, en vue d’orienter les priorités en matière de prévention, tout en permettant de cibler les investigations et de renforcer les audits ergonomiques là où les risques sont les plus élevés.

Lire aussi : Changement climatique et santé au travail : Le Dr Paul Ayelo plaide pour une refonte des politiques de prévention en Afrique

Au plan mondial, le secteur minier figure parmi les activités les plus exposées à ces risques. Selon les données présentées par le spécialiste, la prévalence mondiale des TMS dans les activités minières oscille entre 55% et 75%. Un niveau particulièrement élevé en raison des nombreuses contraintes physiques auxquelles sont soumis les travailleurs, à savoir les manutentions répétitives, les postures prolongées, les vibrations des engins, les efforts musculaires soutenus et les conditions de travail souvent exigeantes.

Les affections les plus fréquentes : les lombalgies

La situation observée au Burkina Faso confirme cette tendance internationale. En s’appuyant sur plusieurs études nationales et internationales, le Dr Gilbert Bama montre que les travailleurs du secteur minier présentent l’une des prévalences les plus élevées de troubles musculosquelettiques parmi les principales branches d’activité du pays. Des recherches antérieures réalisées auprès des mineurs révèlent notamment une prévalence globale atteignant 90,86%, tandis que les lombalgies apparaissent comme les affections les plus fréquentes.

Selon le chef de service sécurité et santé au travail à IAMGOLD, Dr Gilbert Bama, ces données illustrent que les TMS ne relèvent plus d’un simple problème médical individuel

Ils constituent désormais un véritable enjeu de santé publique et de performance industrielle. La douleur chronique, les limitations fonctionnelles et les inaptitudes professionnelles qui peuvent en découler affectent non seulement la qualité de vie des travailleurs, mais également la continuité des activités de production.

Lire aussi : Santé-sécurité dans les mines : La prévention, une culture partagée et un levier de performance durable chez Essakane SA, selon Franck Napon

Des recommandations à court, moyen et long terme

Au regard des résultats de l’étude, le Dr Gilbert Bama préconise une série d’actions à mettre en œuvre à court terme afin de réduire rapidement les risques de troubles musculosquelettiques au sein des industries minières. Ces mesures reposent avant tout sur la sensibilisation et la formation des travailleurs aux gestes et postures sécuritaires, notamment pour les opérations de levage, les stations debout prolongées et l’utilisation des appuis. Elles s’accompagnent de campagnes internes de prévention, ainsi que d’aménagements ergonomiques immédiats comme l’installation de tapis antifatigue dans les laboratoires, la mise à disposition de sièges réglables et la fourniture d’équipements de protection adaptés, comme des chaussures spécifiques, des supports lombaires ou des genouillères. Le spécialiste recommande également l’instauration d’exercices d’échauffement musculaire avant la prise de poste, afin de préparer les travailleurs aux contraintes physiques de leurs activités.

À moyen et long terme, le médecin du travail plaide pour une démarche de prévention durable fondée sur une meilleure organisation du travail, l’amélioration continue des équipements et un suivi ergonomique régulier des postes. Il préconise notamment la rotation des tâches, l’alternance des positions de travail, le renforcement de l’ergonomie des engins miniers ainsi que la réalisation d’audits ergonomiques périodiques. Cette stratégie doit, selon lui, s’inscrire dans la politique globale de santé et sécurité des entreprises, en associant étroitement les travailleurs à la conception des solutions.

Lire aussi : Addictions en milieu professionnel : Dr Roger Zerbo analyse les facteurs de consommation de substances psychoactives chez les jeunes

Le développement d’innovations technologiques, telles que les exosquelettes de manutention ou les capteurs de posture, ainsi que la collaboration avec les instituts de recherche en ergonomie viennent compléter cette vision. En conclusion, le Dr Gilbert Bama souligne que l’identification du type de TMS dominant constitue un levier essentiel pour orienter les actions préventives, qui gagneraient à être davantage ciblées par secteur d’activité afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque environnement de travail.

C’est précisément pour mieux comprendre cette réalité et orienter les actions de prévention que le médecin du travail a conduit une étude de cartographie des troubles musculosquelettiques au sein d’IAMGOLD Essakane. L’ambition est d’identifier avec précision les secteurs les plus exposés, d’analyser les facteurs de risque propres à chaque activité et de fournir aux décideurs des outils d’aide à la décision afin de mettre en œuvre des mesures préventives adaptées aux réalités du terrain.

 

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Addictions en milieu professionnel : Dr Roger Zerbo analyse les facteurs de consommation de substances psychoactives chez les jeunes

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9 juillet 2026
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La question des addictions en milieu de travail s’impose avec acuité dans les débats scientifiques et politiques en Afrique subsaharienne. Et ce, dans un contexte marqué par une jeunesse de plus en plus nombreuse et confrontée à des défis d’insertion sociale et professionnelle. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la communication du Dr Roger Zerbo, sociologue-anthropologue et directeur de recherche à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). Sa communication a été présentée lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), qui s’est tenu du 2 au 4 juillet 2026 à Ouagadougou. Intitulé « Marginalité juvénile comme déterminant des addictions et des abus de consommation des substances psychoactives dans les milieux de travail », son exposé propose une lecture originale des facteurs de consommation de substances psychoactives chez les jeunes travailleurs.

En mobilisant le concept de « marginalité juvénile » comme clé d’analyse, Dr Roger Zerbo dépasse les approches strictement médicales ou individuelles pour mettre en lumière les processus sociaux, économiques et familiaux qui fragilisent une partie de la jeunesse. Le chercheur met également en exergue les raisons qui la rendent plus vulnérable aux conduites addictives, y compris dans les environnements professionnels. À travers cette approche, il interroge les mécanismes d’exclusion, de fragilisation des liens sociaux et de précarisation qui touchent une jeunesse particulièrement nombreuse dans les sociétés africaines contemporaines, et en particulier au Burkina Faso.

Pour Dr Zerbo, la notion de marginalité constitue une porte d’entrée essentielle à l’effet de comprendre la diversité des facteurs qui conduisent à la consommation de substances psychoactives. Inspirée des travaux de Serge Paugam, Pierre Castel ou encore Émile Durkheim, elle renvoie à un processus de rupture ou d’affaiblissement des liens sociaux, pouvant conduire à des situations de désaffiliation. Il explique que la marginalité juvénile désigne ainsi l’exclusion ou le retrait des jeunes des normes sociales, scolaires ou professionnelles. Elle résulte de multiples facteurs tels que la pauvreté, les fractures familiales ou encore les défaillances des systèmes éducatifs.

Lire aussi : Burkina Faso : Le Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail ouvre ses portes à Ouagadougou

Dans cette perspective, poursuit-il, la marginalité ne se limite pas à une situation statique. Elle est un processus complexe, construit historiquement et socialement. Elle se manifeste par un décalage entre les normes dominantes et les comportements considérés comme déviants. Afin d’illustrer ses propos, Dr Roger Zerbo rappelle une affirmation du chercheur Howard Becker. Ce dernier, souligne-t-il, a indiqué que la déviance est aussi le produit d’un étiquetage social, où certains comportements sont définis comme « hors normes » par la société elle-même.

Le nombre des jeunes atteindrait 535 millions en 2065

Dr Zerbo rappelle que la question des jeunes est au cœur des dynamiques sociales contemporaines. Il souligne que les données du système des Nations-unies montrent une croissance rapide de la population juvénile âgée de 15 à 24 ans, qui est passée de 90,8 millions en 1980 à 230 millions en 2015, et qui devrait s’accroître à 293 millions en 2025, avec une projection de 535 millions en 2065.

Au Burkina Faso, cette réalité est encore plus marquée, révèle le directeur de recherche à l’INSS. Il affirme en effet que selon les données de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) publiées en 2022, environ 64% de la population a moins de 24 ans, près de 78% a moins de 35 ans, et environ 45% a moins de 15 ans. Cette structure démographique très jeune, combinée à une urbanisation rapide concentrée dans des villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, accentue les défis d’insertion sociale et professionnelle, explique-t-il.

Les facteurs sociaux de la marginalité juvénile

Du point de vue du communicant, plusieurs facteurs concourent à l’émergence de la marginalité chez les jeunes. Le premier, explique-t-il, est lié à l’urbanisation rapide et parfois désordonnée, qui favorise l’exode rural et la multiplication d’activités informelles ou précaires. Les jeunes se retrouvent ainsi davantage exposés à des conditions de vie instables et à une insertion professionnelle difficile. Le deuxième facteur, quant à lui, est d’ordre social.

Pour Dr Zerbo, l’individualisation croissante des rapports sociaux, analysée dès Durkheim, fragilise les structures collectives traditionnelles.

Les jeunes issus de milieux défavorisés, mentionne-il, sont particulièrement touchés par le chômage, la précarité et l’instabilité économique. Le sociologue-anthropologue énonce enfin que les fractures familiales jouent un rôle déterminant. La désaffiliation et la déliaison sociale peuvent conduire certains jeunes à des comportements de rupture, notamment la consommation abusive de substances psychoactives, avec des effets délétères sur la cohésion sociale. Précarité, pression et vulnérabilité Au niveau de l’Afrique subsaharienne, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est estimé à 8,9% entre juillet 2024 et juillet 2025 et varie fortement d’une région à l’autre (Banque mondiale 2025), a rappelé le conférencier. Dans le monde professionnel, renchérit-il, la marginalité juvénile prend une dimension particulièrement visible. Les jeunes, soutient-t-il, font face à une double vulnérabilité, celle de leur condition de personnes en maturation sociale et celle des exigences élevées du marché du travail. Cette situation se traduit par une multiplication des formes de débrouille telles que les petits métiers informels, le travail de nuit, le cumul d’activités ou encore les emplois précaires sans protection suffisante.

À cela s’ajoute la pression de l’expérience professionnelle exigée même pour les premiers emplois, conduisant parfois à des formes d’exploitation sous couvert de volontariat ou de stages non-rémunérés. Le chercheur souligne également que ces conditions génèrent du stress, lequel peut devenir un facteur favorisant la consommation de substances psychoactives.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), définit Dr Zerbo, les substances psychoactives sont des produits qui perturbent le fonctionnement du système nerveux central et modifient les perceptions, les émotions ou le comportement. Des dires du chercheur, l’usage des substances psychoactives est aujourd’hui diversifié. Si bien que les produits de synthèse, les cocktails improvisés ou les substances traditionnelles coexistent dans des environnements où l’accès est facilité par le trafic ou la fraude.

Lire aussi : Changement climatique et santé au travail : Le Dr Paul Ayelo plaide pour une refonte des politiques de prévention en Afrique

Dr Zerbo insiste sur le fait que la consommation de ces substances ne relève pas uniquement d’une recherche de plaisir. Elle peut répondre à plusieurs logiques. Elles pourraient être, selon lui, le besoin d’améliorer artificiellement ses performances au travail, de réduire la fatigue ou la faim dans des conditions de précarité, ou encore de fuir une réalité sociale difficile ou douloureuse. Dans ce contexte, les addictions apparaissent comme des révélateurs d’une détresse sociale profonde, souvent liée à la marginalisation et à la précarité.

Des addictions aux conséquences lourdes

L’analyse du chercheur l’amène à identifier de multiples conséquences des conduites addictives graves. Dr Zerbo soutient ainsi que sur le plan individuel, elles entraînent une perte de contrôle de la consommation et une altération de l’équilibre émotionnel. Sur le plan sanitaire, les risques incluent des infections graves telles que le VIH, les hépatites B et C ou encore la syphilis. Les troubles psychosexuels sont également mentionnés comme conséquences possibles.

Par ailleurs, la consommation de substances psychoactives affecte les capacités d’apprentissage et de concentration, ce qui peut entraîner des difficultés scolaires et professionnelles, voire un décrochage. Au niveau social, ces addictions renforcent la marginalisation, favorisent la perte d’emploi et contribuent à la rupture des trajectoires professionnelles.

Dr Zerbo insiste également sur la dimension sociale de la déviance. Selon Howard Becker, précise-t-il, elle est le résultat d’un processus d’étiquetage social. Ainsi, certains comportements des jeunes sont interprétés à travers des stéréotypes ou des jugements sociaux qui contribuent à leur marginalisation. La banalisation de la consommation de drogues dans certains environnements, combinée à une faiblesse des mécanismes d’encadrement, contribue également à l’extension du phénomène.

Les pistes proposées par le chercheur

Face à cette situation, Dr Zerbo propose une approche globale fondée sur plusieurs axes. Il insiste d’abord sur la nécessité de renforcer la socialisation des jeunes, à travers la promotion de valeurs telles que la solidarité, la probité, le vivre-ensemble et la responsabilité.

Le directeur de recherche à l’INSS, Dr Roger Zerbo, recommande la création d’un observatoire des drogues et stupéfiants, capable de suivre les tendances, d’analyser les substances et de produire des alertes précoces.

Enfin, il insiste sur l’importance de la prise en charge thérapeutique, combinant approches médicales et sociothérapeutiques, dans la perspective de réduire les effets des addictions et de sauver des vies.

En définitive, la communication du Dr Roger Zerbo met en lumière une réalité complexe : les addictions en milieu de travail ne peuvent être comprises sans prendre en compte les mécanismes de marginalisation sociale qui touchent une jeunesse nombreuse, mais souvent fragilisée par la précarité, le chômage et les fractures sociales. En reliant sociologie de la marginalité et santé au travail, il propose une lecture globale qui appelle à dépasser les approches strictement individuelles pour intégrer des réponses structurelles, préventives et thérapeutiques.

Lire aussi : Santé-sécurité dans les mines : La prévention, une culture partagée et un levier de performance durable chez Essakane SA, selon Franck Napon

Hamed NANÉMA

Lefaso.net

Santé-sécurité dans les mines : La prévention, une culture partagée et un levier de performance durable chez Essakane SA, selon Franck Napon

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4 juillet 2026
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Dans un contexte mondial marqué par une montée des exigences en matière de responsabilité sociale des entreprises, de sécurité au travail et d’adaptation aux changements climatiques, le secteur minier se retrouve au cœur de multiples enjeux. Activité stratégique pour les économies africaines, mais aussi hautement exposée aux risques professionnels, l’industrie extractive est confrontée à un défi permanent : concilier performance économique, protection des travailleurs et durabilité des opérations. C’est dans ce cadre que s’est inscrite la communication de Franck Napon, directeur santé, sécurité et développement durable de IAMGOLD Essakane SA. Elle a été présentée lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), tenu à Ouagadougou du 2 au 4 juillet 2026.

À travers le cas de la mine d’Essakane, Franck Napon a partagé une expérience de terrain sur l’organisation de la santé-sécurité au travail (SST) et la place centrale accordée à la médecine du travail dans le management des risques professionnels. Le communicant a rappelé une réalité fondamentale. « L’industrie minière est un secteur à haut risque. En raison de la nature même de ses activités, elle expose les travailleurs à des dangers multiples et souvent graves », a-t-il confié.

 

Exploitations à ciel ouvert, mines souterraines, dynamitage, engins lourds, utilisation de produits chimiques, et travail en environnement extrême, autant de facteurs qui contribuent à rendre les accidents potentiellement plus sévères que dans d’autres secteurs d’activité. Pour autant, Franck Napon a tenu à replacer cette activité dans sa dimension économique et sociale. L’industrie minière contribue significativement aux finances publiques, génère des emplois directs et indirects et soutient de nombreuses activités économiques connexes. Elle constitue également un levier de développement local à travers les investissements communautaires. Mais cette contribution ne saurait occulter l’essentiel.

Selon le directeur santé, sécurité et développement durable de IAMGOLD Essakane SA, il est crucial de maîtriser les risques professionnels pour garantir la continuité des activités et la protection des travailleursLa santé-sécurité comme culture et engagement collectif
Au cœur de la démarche présentée par Essakane, la santé-sécurité n’est pas une simple obligation réglementaire. Elle est conçue comme une culture d’entreprise que chaque travailleur est appelé à incarner. « Nous demandons à tous nos employés d’être des ambassadeurs de la santé-sécurité, en dehors des limites de l’organisation », a souligné le communicant, soulignant l’importance de la diffusion des bonnes pratiques au-delà du site minier. Cette culture repose, dit-il, sur un principe simple mais fondamental. Toute tâche, quelle que soit son importance, peut être réalisée en toute sécurité, au travail comme à domicile. Ainsi, pour traduire cette ambition en actions concrètes, IAMGOLD Essakane SA s’appuie sur une organisation intégrée de la SST.
Le dispositif repose sur une organisation structurée et complémentaire visant à assurer la prévention, la surveillance et la prise en charge des risques professionnels. D’abord, un service de prévention santé-sécurité au travail, chargé d’anticiper les risques et de promouvoir les bonnes pratiques au sein des entreprises. Ensuite, un service de santé au travail, dédié au suivi médical des travailleurs et à la surveillance de leur état de santé en lien avec leurs conditions de travail. Enfin, des structures spécialisées dans la gestion et la prise en charge des incidents, en vue d’assurer une réponse rapide et adaptée en cas d’accident ou de situation critique. L’ensemble de ces composantes contribue à renforcer la protection des travailleurs et à améliorer durablement la performance en matière de santé et sécurité au travail.

 

 

« Le port des équipements de protection individuelle réglementaire est déjà un défi au quotidien dans notre pays », Aïssata Sanogo, consultante en qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE)
Cette organisation permet d’assurer une continuité logique entre prévention, intervention et suivi des événements, dans une approche coordonnée. L’entreprise a également aligné son système de management sur la norme internationale ISO 45001, renforçant ainsi la structuration de son dispositif de prévention des risques professionnels.
La participation des travailleurs au cœur du système
L’un des piliers essentiels du modèle présenté est la participation active des travailleurs. Consciente de la complexité des activités minières, l’entreprise a mis en place plusieurs comités de santé-sécurité répartis dans les différents départements opérationnels. Au total, plusieurs structures internes permettent aux employés de s’exprimer, de contribuer à l’identification des risques et de participer aux décisions liées à la prévention.
Lire aussi : Burkina Faso : Le Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail ouvre ses portes à OuagadougouCette approche traduit une conviction forte. La gestion efficace des risques ne peut se faire sans l’implication directe des travailleurs eux-mêmes. Dans la même logique, Essakane promeut une culture de la déclaration des conditions dangereuses. L’objectif est d’agir en amont, avant que les situations à risque ne se transforment en accidents graves. Cette démarche s’inscrit dans une logique de prévention proactive, où chaque employé est encouragé à signaler les écarts et à contribuer à leur correction.

« J’apprécie et félicite Essakane SA qui met l’humain au cœur de sa politique de santé-sécurité au travail », Jacques Sigui Kaboré, fondateur de l’Institut Wakali Salon Afrique
Au-delà des procédures, Franck Napon insiste sur la dimension humaine de la sécurité. Le port des équipements de protection individuelle, par exemple, ne doit pas être motivé par la peur de la sanction ou par la présence d’un superviseur, mais par une véritable compréhension de leur utilité. Il s’agit, selon lui, de faire évoluer les comportements pour ancrer durablement la prévention dans les pratiques quotidiennes des travailleurs. L’organisation de la SST à Essakane repose également sur un ensemble d’activités structurées. Elles se résument selon Franck Napon aux inspections régulières à tous les niveaux ; à la formation continue ; aux audits internes et externes ; aux enquêtes et analyses des incidents ; et aux revues semestrielles de direction. Des mécanismes qui permettent d’assurer une amélioration continue du système de gestion des risques et d’adapter les stratégies en fonction de l’évolution du contexte opérationnel.
 
Les moteurs de performance
 
Pour le communicant, aucun système de santé-sécurité ne peut fonctionner sans un engagement fort de la direction. Le leadership constitue ainsi un facteur déterminant dans la réussite de la politique SST. Mais la responsabilité est également partagée. L’employeur doit protéger les travailleurs, tandis que ces derniers ont le devoir de veiller à leur propre sécurité et à celle de leurs collègues. Cette dynamique collective permet de renforcer la vigilance et d’améliorer les performances globales en matière de prévention.
« Il est aujourd’hui important pour les mines d’intégrer les nouvelles technologies comme les capteurs et les drones intelligents dans leurs politiques de SST », Faridatou Bougouma, ingénieur minier et formatrice en intelligence artificielle destinée aux mines
L’un des éléments marquants de la communication reste l’exemple des performances enregistrées par la mine d’Essakane, avec près de six mois sans incident entraînant une assistance médicale ou un arrêt de travail. Pour Franck Napon, ce résultat illustre concrètement la maturité de la culture de santé-sécurité au sein de l’entreprise. Il témoigne de la capacité des équipes à intégrer la prévention dans leurs pratiques quotidiennes et à transformer la sécurité en réflexe collectif.;
La communication a également mis en lumière la capacité d’adaptation de l’entreprise face à des contextes changeants. Dans certaines situations, notamment liées à des contraintes sécuritaires externes, les modalités de transport des travailleurs ont été réorganisées, passant par exemple à des déplacements aériens afin de garantir leur sécurité. Cette flexibilité illustre une approche pragmatique du management des risques, centrée sur la protection des personnes avant toute considération opérationnelle.
 
Le droit de refus accordé aux travailleurs
 
Enfin, une innovation notable présentée par Essakane est la mise à disposition d’une carte de droit de refus pour chaque travailleur. Bien que ce droit existe déjà dans les dispositifs réglementaires, sa matérialisation vise à encourager son appropriation effective. L’objectif est de permettre à chaque employé de refuser une tâche jugée dangereuse, sans crainte de pression, dans un contexte où les réalités sociales peuvent parfois pousser les travailleurs à accepter des risques pour préserver leur emploi.
 
Par cette communication, Franck Napon met en évidence une réalité essentielle. Celle que la santé-sécurité dans le secteur minier ne peut être réduite à un ensemble de règles techniques. Elle constitue une véritable culture organisationnelle, construite sur le leadership, la participation des travailleurs, la formation continue et l’amélioration permanente. Dans un secteur où les risques sont élevés et les enjeux économiques considérables, cette approche apparaît comme un modèle de management responsable, où la protection des travailleurs devient indissociable de la performance et de la durabilité des opérations.
 
Lire aussi : Changement climatique et santé au travail : Le Dr Paul Ayelo plaide pour une refonte des politiques de prévention en Afrique
Hamed Nanéma
Lefaso.net

 

Burkina Faso : Le Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail ouvre ses portes à Ouagadougou

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4 juillet 2026
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Ouagadougou accueille, du 2 au 4 juillet 2026, la première édition du Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail (AFRISST). Organisée à la salle de conférences de Ouaga 2000, cette rencontre réunit des acteurs de plusieurs secteurs autour des enjeux de la santé et de la sécurité au travail, avec pour ambition de promouvoir des solutions innovantes au service de la performance des entreprises africaines.

Investir dans la santé et la sécurité au travail, c’est investir dans la productivité, la compétitivité et la durabilité des entreprises. Telle est la conviction de Sahelors Consulting et de l’agence de communication Arobase communication, structures organisatrices de la première édition du Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail (AFRISST). Placée sous le thème « Innovations technologiques en santé et sécurité au travail : défis et perspectives pour un développement durable des entreprises en Afrique », cette première édition entend mettre en lumière le rôle des technologies dans l’amélioration de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail.

Le président du comité d’organisation, Dr Sounkalo Djibo, a souligné que les innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle, la robotisation, les objets connectés, l’analyse des données massives ou encore la réalité virtuelle, transforment profondément les modes de production et d’organisation du travail.

Le président du comité d’organisation, Dr Sounkalo Djibo, a salué l’engagement des autorités dans l’organisation de ce forum

Selon lui, ces avancées offrent des opportunités considérables pour prévenir les risques professionnels, améliorer les conditions de travail et renforcer la performance des entreprises. « L’ambition d’AFRISST est celle d’une Afrique qui entend maîtriser les mutations technologiques de notre siècle pour en faire un levier de progrès social, de compétitivité et de développement durable », a-t-il déclaré.

Lire aussi : Changement climatique et santé au travail : Le Dr Paul Ayelo plaide pour une refonte des politiques de prévention en Afrique

Pour Dr Djibo, les travailleurs demeurent la première ressource stratégique de toute économie. « Aucune machine, aucun algorithme, aucune technologie ne remplacera totalement le génie humain, la créativité, l’engagement et le savoir-faire des hommes », a-t-il affirmé. À ses yeux, investir dans la santé et la sécurité au travail revient à investir dans la productivité, la compétitivité et la durabilité des entreprises. Il estime que les organisations qui protègent leur capital humain seront les mieux armées pour faire face à une concurrence internationale de plus en plus exigeante.

Le forum enregistre des participants venus de la sous-région et au-delà

 

Trois jours d’échanges autour de la prévention et de l’innovation


Pendant trois jours, les participants, issus notamment des secteurs de la santé, des mines, des entreprises et de plusieurs autres domaines d’activité, échangeront sur les enjeux de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail. Le programme prévoit des conférences, des ateliers, des expositions et des tables rondes destinés à favoriser le partage d’expériences et la promotion de solutions innovantes adaptées aux réalités africaines.

Les autorités saluent une initiative en phase avec les priorités nationales


L’événement est coprésidé par le ministre des Serviteurs du peuple et son homologue en charge de la Santé. Représentés à la cérémonie d’ouverture, les deux ministres ont félicité les initiateurs du forum et réaffirmé leur disponibilité à accompagner cette initiative.S’exprimant au nom du ministre des Serviteurs du peuple, Lookmana Zonon a salué la pertinence du thème retenu. Il a rappelé que le Burkina Faso a ratifié les principales conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) relatives à la santé et à la sécurité au travail, traduisant ainsi son engagement à respecter les standards internationaux en la matière.

Le représentant du ministre des Serviteurs du Peuple a félicité les initiateurs de cet évènement

Il a également indiqué que le référentiel national de développement couvrant la période 2026-2030 accorde une place importante à la promotion d’environnements de travail sûrs et sécurisés. Il a enfin exprimé le souhait que les trois jours de travaux débouchent sur des recommandations concrètes permettant d’améliorer durablement la santé et la sécurité au travail au Burkina Faso.


IAMGOLD Essakane réaffirme son engagement


Le forum bénéficie du parrainage du directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et du directeur général d’IAMGOLD Essakane.Pour Tidiane Barry, directeur général d’IAMGOLD Essakane, le choix de son entreprise comme co-parrain constitue une marque de confiance qu’il accueille avec satisfaction. « Notre entreprise est l’un des principaux employeurs du pays avec près de 3 000 collaborateurs. Ces femmes et ces hommes représentent notre première richesse. Pour nous, la santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs ne sont pas seulement des exigences opérationnelles ; ils constituent le fondement même de notre performance durable », a-t-il déclaré.


Lire aussi : Burkina : Le premier forum africain des technologies de la santé-sécurité au travail prévu du 2 au 4 juillet 2026
Face aux mutations technologiques, a-t-il expliqué, Essakane SA mise sur des outils innovants pour renforcer la prévention des risques. « La technologie ne remplace pas la vigilance humaine, elle l’amplifie », a-t-il insisté.
Présente à cette cérémonie, Sandrine Lompo, de la Société burkinabè de médecine du travail, a également salué la tenue de ce forum. Elle a félicité les organisateurs pour leur vision et estimé que cette rencontre contribuera à renforcer la culture de la prévention et à promouvoir de meilleures pratiques en matière de santé et de sécurité au travail.
Serge Ika Ki
Lefaso.net

Changement climatique et santé au travail : Le Dr Paul Ayelo plaide pour une refonte des politiques de prévention en Afrique

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3 juillet 2026
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À l’heure où les effets du changement climatique se multiplient à travers le monde, l’Afrique apparaît comme l’un des espaces les plus exposés aux bouleversements environnementaux et sanitaires. Sécheresses récurrentes, inondations, vagues de chaleur, érosion côtière ou encore recrudescence des maladies vectorielles. Autant de phénomènes qui fragilisent les économies, les populations et les systèmes de santé. C’est dans ce contexte que s’inscrit la réflexion du Dr Paul Ayelo, professeur de médecine du travail à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin. C’était lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), qui se tient à Ouagadougou du 2 au 4 juillet 2026.

Ouagadougou accueille, du 2 au 4 juillet 2026, la première édition du Forum africain des innovations en  santé, sécurité et bien-être au travail (AFRISST). Cette rencontre, qui se tient à la salle de conférence de Ouaga 2000, réunit des acteurs de plusieurs secteurs autour des enjeux de la santé et de la sécurité au travail, avec pour ambition de promouvoir des solutions innovantes au service de la performance des entreprises africaines.

Pendant trois jours, les participants, notamment des acteurs des secteurs de la santé, des mines, des entreprises ainsi que d’autres domaines d’activité, échangeront sur les enjeux de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail. Cette première édition est placée sous le thème : « Innovations technologiques en santé et sécurité au travail : défis et perspectives pour un développement durable des entreprises en Afrique ». Au cours des trois jours de travaux, le forum sera rythmé par des conférences, des ateliers, des expositions et des tables rondes.

Parmi les conférences livrées en cette première journée, celle du Dr Paul Ayelo qui portait sur le thème : « Prévention durable en Afrique : comment intégrer les enjeux climatiques SST ? » Le Dr Ayelo a interrogé les fondements des politiques de santé et sécurité au travail (SST), en posant une question centrale. La prévention peut-elle réellement être durable si elle ignore les mutations climatiques en cours ? Politique

Dès l’entame de son exposé, le Dr Paul Ayelo adopte une posture réflexive. « Je ne sais pas si la prévention est vraiment durable », lance-t-il, avant d’élargir la question à une problématique collective. Pour lui, au-delà de la réponse, c’est l’obligation d’intégrer la prévention dans les politiques publiques et privées de SST qui s’impose. Cependant, une exigence nouvelle s’ajoute, celle de l’intégration des enjeux climatiques. Car, selon l’universitaire béninois, il n’est plus possible de concevoir la santé et la sécurité au travail sans tenir compte des transformations profondes du climat, désormais reconnu comme un déterminant majeur du développement socio-économique.

« L’État pourrait anticiper en veillant à ce que les populations soient logées dans les moins à risque », Dr Paul Ayelo, professeur de médecine du travail à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin

Le climat, un facteur direct de risques professionnels

Pour illustrer son propos, le conférencier s’appuie sur plusieurs réalités observables en Afrique. Les activités agro-pastorales, par exemple, deviennent de plus en plus vulnérables face au stress hydrique. Le manque d’eau peut conduire à la disparition d’exploitations entières, avec des conséquences directes sur les économies rurales et la chaîne alimentaire.

 

À cela s’ajoutent les effets sanitaires. La chaleur et l’humidité favorisent la prolifération de vecteurs de maladies comme les moustiques anophèles, responsables du paludisme, tandis que les inondations augmentent les risques de maladies hydriques telles que le choléra ou les diarrhées aiguës. Le spécialiste évoque également l’érosion côtière, qui entraîne la disparition progressive d’infrastructures et de zones habitées. Autant de signaux, selon lui, qui traduisent une réalité alarmante : les environnements de travail et de vie sont directement menacés par le dérèglement climatique.

« Le Dr Paul Ayelo a également insisté sur la nécessité d’intégrer la dimension genre dans les politiques publiques en matière de santé et sécurité au travail », Dr Roger Zerbo, modérateur de la communication

Dans son intervention, le Dr Ayelo rappelle qu’une politique de santé et sécurité au travail est avant tout un document d’engagement. Elle traduit la volonté d’un État ou d’une entreprise de prévenir les risques professionnels et de garantir un environnement de travail sain et sécurisé.

Cependant, cette ambition reste difficile à atteindre si les risques climatiques ne sont pas intégrés dès la conception des  politiques. D’où la nécessité, selon lui, de repenser les fondements mêmes de la SST en Afrique. Politique

Des risques climatiques multiples et interdépendants

 

Le Dr Paul Ayelo a ensuite dressé un inventaire des principaux risques associés au changement climatique, mettant en lumière l’ampleur et la diversité des menaces qui pèsent désormais sur les sociétés africaines et, plus largement, sur l’ensemble des systèmes socio-économiques. Il a ainsi évoqué les sécheresses intenses et les pénuries d’eau, qui fragilisent les activités agricoles et pastorales, mais aussi les incendies de grande ampleur qui détruisent les écosystèmes et les infrastructures. À cela s’ajoutent la fonte des glaciers et la montée du niveau des mers, les tempêtes et inondations de plus en plus fréquentes, ainsi que la disparition progressive d’espèces animales et végétales.

Le Dr Sounkalo Djibo, CEO de Sahelors Consulting, a souligné avec insistance les conditions parfois éprouvantes dans lesquelles s’exerce le travail en milieu industriel, notamment dans les ateliers où la chaleur peut devenir un facteur de pénibilité majeur

Le Dr Sounkalo Djibo, CEO de Sahelors Consulting, a souligné avec insistance les conditions parfois éprouvantes dans lesquelles s’exerce le travail en milieu industriel, notamment dans les ateliers où la chaleur peut devenir un facteur de pénibilité majeur. Selon lui, cette réalité impose une réflexion collective sur la résilience des systèmes de production. Cela, afin de garantir un travail durable et pérenne. Il a salué la pertinence de la thématique développée par le Dr Ayelo, estimant qu’elle contribue à enrichir la manière de concevoir les lieux de travail et à sensibiliser, aussi bien les concepteurs d’infrastructures que les managers, à la prise en compte des effets du changement climatique.

 

Le spécialiste a également attiré l’attention sur la perturbation des calendriers agricoles, l’augmentation des épisodes de canicule et la recrudescence de certaines maladies, notamment celles liées aux vecteurs et à la qualité de l’eau. Autant de phénomènes interdépendants qui traduisent, selon lui, la complexité et la gravité des impacts climatiques sur les conditions de vie et de travail. Ces phénomènes, souligne-t-il, ne sont pas isolés. Ils interagissent et produisent des effets en cascade sur les systèmes économiques, sanitaires et sociaux.

Le Dr Cyriaque Paré, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) et fondateur du média en ligne Lefaso.net, a salué la qualité de la communication du conférencier

Le Dr Cyriaque Paré, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) et fondateur du média en ligne Lefaso.net, a de son côté reconnu la richesse du parcours du Dr Ayelo et la pertinence de son regard panoramique sur les questions abordées. L’enseignant-chercheur de l’INSS a également soulevé une préoccupation centrale liée au niveau réel de prise de conscience des États africains face aux enjeux de  santé, sécurité au travail et de changement climatique, au-delà des discours et des slogans. Selon lui, si les thématiques émergentes suscitent souvent une production abondante de slogans et de déclarations d’intention, leur traduction concrète en actions sur le terrain reste encore limitée.

Vulnérabilité et résilience

Pour structurer son analyse, le conférencier introduit plusieurs concepts clés issus des travaux scientifiques et des cadres internationaux. Ainsi, la vulnérabilité est définie selon lui comme le niveau de susceptibilité d’un système à subir des dommages face aux effets du changement climatique. Elle dépend de trois éléments : l’exposition, la sensibilité et la capacité d’adaptation.

La vulnérabilité, telle qu’analysée dans le cadre de la communication, se décline en plusieurs dimensions complémentaires qui permettent d’appréhender la complexité des impacts du changement climatique sur les sociétés. Elle est d’abord sociale, en lien avec la pauvreté et l’insécurité alimentaire qui fragilisent les ménages et limitent leur capacité de résilience. Elle revêt également une dimension humaine et démographique, liée notamment à la croissance de la population et aux pressions qu’elle exerce sur les ressources et les services essentiels.

Sur le plan environnemental, elle se traduit par la dégradation progressive des ressources naturelles, tandis que la vulnérabilité physique renvoie à la fragilité des infrastructures exposées aux aléas climatiques. S’y ajoutent des dimensions financières, liées aux capacités limitées d’investissement et de réponse aux catastrophes, ainsi qu’institutionnelles et  politiques, qui interrogent l’efficacité des cadres de gouvernance et des mécanismes de coordination face aux défis climatiques. Politique

 

À côté de la vulnérabilité, le Dr Ayelo insiste sur d’autres notions essentielles comme l’exposition, l’adaptation, la résilience et l’atténuation. Ensemble, ces indicateurs permettent de mieux comprendre les interactions entre climat et systèmes de santé et sécurité au travail.

Sylvie Rolande Zongo/Dala, consultante en création et gestion d’entreprise, a lancé un véritable cri du cœur en profitant de la tribune du forum pour alerter sur la disparition progressive des espèces végétales utiles aux communautés de base

Sylvie Rolande Zongo/Dala, consultante en création et gestion d’entreprise, a lancé un véritable cri du cœur en profitant de la tribune du forum pour alerter sur la disparition progressive des espèces végétales utiles aux communautés de base. Pour elle, ces espèces constituent pourtant une source essentielle de ressources et de subsistance. Cette situation, soutient Sylvie Rolande Zongo, traduit une forme de destruction continue de la nature qui appelle à penser plutôt à la notion de « santé et sécurité vitale ». Elle a ainsi plaidé pour une approche plus responsable des politiques de reboisement, en insistant sur la nécessité de privilégier des espèces utilitaires capables de répondre aux besoins des populations locales. Au-delà du cadre professionnel, elle a également élargi la réflexion à la sphère domestique. Elle souligne de ce fait que la santé et les conditions de travail concernent aussi les ménages, notamment les femmes dont les charges quotidiennes méritent une meilleure reconnaissance et une prise en compte dans les politiques de bien-être et de sécurité. Politique

Évaluer, classer et planifier

 

Pour le chercheur béninois, l’intégration des enjeux climatiques dans les politiques de SST doit suivre une démarche structurée. La première étape est celle de l’évaluation, qui consiste à analyser les risques climatiques actuels et futurs, en intégrant les dimensions de vulnérabilité, de genre, et les spécificités sectorielles. Vient ensuite le classement des risques, qui repose sur l’identification des impacts présents et potentiels, en s’appuyant notamment sur des scénarios climatiques à court, moyen et long terme. Enfin, la planification permet de définir des stratégies d’adaptation adaptées aux priorités de développement et aux niveaux de risque identifiés.

Des participants au Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST) à Ouagadougou

Au terme de son intervention, le Dr Paul Ayelo insiste sur une idée forte : la prévention ne peut être qualifiée de durable que si elle intègre pleinement les enjeux climatiques. Cela implique une transformation profonde des politiques de  santé et sécurité au travail, fondée sur des analyses rigoureuses, des indicateurs fiables et une anticipation des risques futurs. Dans un contexte africain particulièrement exposé aux effets du changement climatique, cette approche apparaît comme une exigence stratégique autant qu’un impératif de survie pour les populations et les économies. Politique

En posant la question de la durabilité de la prévention, le Dr Ayelo ouvre un débat plus large sur la capacité des États africains et des entreprises à adapter leurs politiques aux réalités climatiques contemporaines. Une réflexion qui dépasse le cadre académique pour s’imposer comme un enjeu central de développement durable et de sécurité humaine sur le continent.

Hamed Nanéma

 

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